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    Vivre ensemble ?

    samedi 28 février 2009 (Date de rédaction antérieure : 25 février 2008).

    Vivre ensemble ?

    « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin. » (Kierkegaard)

    On sait que c’est à partir d’une rencontre entre Hervé Bramy et des collégiens qui exprimaient leur sentiment d’être stigmatisés du fait d’habiter dans le « 9-3 », qu’est née l’idée de cet « Appel des 93 » dans le but d’essayer de modifier le regard négatif trop souvent porté – pas seulement par les médias – sur notre département et ses habitants. Cet appel est donc issu d’une colère et, depuis deux ans maintenant, en dehors de toute obédience idéologique et en toute autonomie d’esprit, nous nous efforçons de conduire diverses initiatives propres à essayer d’enrayer les impressions de fatalité, de discrimination voire d’exclusion, que peuvent ressentir encore de trop nombreux jeunes, de travailleurs, d’anciens aussi, qui pourtant font la richesse de ce département. Notre diversité est évidemment un atout : artistes, écrivains, responsables associatifs, syndicalistes, enseignants, cadres, ouvriers, entrepreneurs, personnels de santé, travailleurs sociaux, professionnels du droit, journalistes, scientifiques... Impossible de « récupérer » une telle collection ! Notre point commun : nous aimons ce lieu, nous aimons la Seine-Saint-Denis, nous aimons ses habitants, nous ne supportons pas les étiquettes stigmatisantes, les clichés et le mépris. En effet, ce département est sans doute aujourd’hui une des terres les plus riches humainement de toute la planète : où ailleurs dans le monde pourrait-on trouver sur une surface géographique aussi restreinte un tel concentré de toutes les diversités humaines, de toutes les origines et de toutes les cultures ? New-York peut-être ? Mais on sait que, dans « la Grosse Pomme », les ethnies sont clivées par quartiers, alors qu’ici le modèle dit républicain réussit encore à brasser toutes les classes et populations.

    Il faut dénoncer – il y a urgence – le terme trop souvent employé de « ghettos » pour désigner des quartiers dits « en difficultés » : historiquement, un ghetto désigne un quartier de confinement, par décision des pouvoirs politiques, de populations homogènes (en Europe, les juifs pendant des siècles...) En réalité, dans nos quartiers populaires, ce sont des agents économiques parfaitement identifiables et identifiés qui ont créé et continuent à créer ces quartiers dégradés : on ne le sait pas suffisament, mais la plupart des cités qui ont « explosé » les premières, fin octobre et en novembre 2005, à Clichy-sous-Bois, sont des copropriétés de droit privé, gérées par des syndics et des agences immobilières dont personne – ou presque ! – ne vérifie les comptes... Exemple : un cabinet immobilier qui a son siège à la Défense, compte systématiquement 1,50 € de « frais d’envoi de quittances » tous les mois sur les loyers des centaines d’appartements qu’il gère, ce qui est parfaitement illégal et qui relèverait de procédures pénales. Evidemment la modicité de la somme pour chaque locataire fait que personne n’y prête attention ; mais, faites le calcul, sur la durée d’occupation de chaque logement, et sur le nombre de logements, des sommes ainsi volées ! Et ces voyous en costard-cravate ne risquent évidemment pas le contrôle d’identité au faciès et la comparution immédiate pour outrage s’ils avaient le malheur de protester...

    Nous avons encore du chemin à parcourir : oui, les difficultés de ce département sont réelles, la pauvreté, la précarité, le chômage et l’exclusion ne sont pas seulement des menaces, mais de tristes vécus qui détruisent trop de familles et d’enfants. Trop souvent notre terre produit une richesse qui ne profite que très peu à ses habitants. Mais, nous le savons aussi, ce sont les habitants eux-mêmes qui peuvent déployer les énergies nécessaires pour dépasser ces fatalités, et nous essayons donc de continuer à valoriser toutes ces initiatives économiques, associatives, culturelles, politiques (au plus noble sens du mot), qui font le bonheur de se dire d’ici.

    J’ai enseigné les dix dernières années de ma carrière au lycée Maurice Utrillo de Stains : les élèves me demandaient souvent pourquoi, en fin de carrière, à mon âge ( !), j’enseignais en ce lieu banni, en cette banlieue, était-ce une « punition » ? J’expliquais alors que, depuis le début de ma carrière (en Berry, puis en Seine-et-Marne) j’en rêvais tous les ans de pouvoir enfin rejoindre ce département où je suis arrivé par mariage et donc aussi... par amour ! en 1969. « Traitre à la bourgeoisie versaillaise dont je viens par ma famille – expliquais-je à mes élèves – je connais de l’intérieur les ghettos de riches ! Vous croyez que je vais échanger vos richesses contre leur misère ? » Dans les mêmes classes, à Stains, le rêve du philosophe ! Juifs et arabes, serbes et croates, vietnamiens et malgaches, thaïlandais, congolais et maliens, indiens et pakistanais, turcs, kurdes et chaldéens, chrétiens évangélistes ou catholiques, mormons, musulmans, syriaques, boudhistes, animistes et... athées !, tous français ou presque ! et j’en oublie bien sûr (il nous manquait juste un peu de latinos-sud-américains !), et l’Europe de l’Est qui arrive aussi : tous ces enfants, adolescents et jeunes adultes qui apprennent à se découvrir, se connaître, se parler... Et la même diversité et richesse dans les quartiers populaires... Nous savons, ici, en Seine-Saint-Denis, ce que signifie vivre ensemble, nous savons qu’ici s’invente la civilisation du 21e siècle et la vraie mondialisation.

    Bernard Defrance.



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