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    Bonjour

    Les attentats de ces 12 et 13 novembre, à Beyrouth et Paris, m’ont inspiré cette réflexion :

    Après l’émotion, la colère, la solidarité, mondiales, reste un mystère, radical : que se passait-il dans la tête de chacun des tueurs du 13 novembre à Paris et du 12 novembre à Beyrouth ? Par quels circuits mentaux peut bien passer cette pulsion de mort, cette horrible démonstration de ce que toute négation d’autrui est négation de soi-même ?

    Un lundi matin de novembre 2004, en cours de philosophie, un élève nous raconte que la veille, par ce beau dimanche froid, faisant son jogging habituel seul au bord du canal de l’Ourcq aux environs de Meaux, il entend tout à coup des cris, des appels au secours : une petite fille de trois ans environ vient de tomber à l’eau, la mère seule hurle désespérément. Il a une demi-seconde d’hésitation – il n’est pas vraiment champion de natation... –, saute, en criant à la mère de ne pas le faire elle-même, ramène la petite fille que la mère parvient à saisir et réussit à s’extirper lui-même des berges cimentées, abruptes et glissantes après plusieurs tentatives… Les secours arrivent rapidement et lui évitent sans doute, dit-il en souriant, la pneumonie !

    Ses camarades, évidemment très admiratifs, ironisent gentiment sur le héros du jour ! Et je commente : « Tu as décidé, dans cette demi-seconde d’hésitation, que la vie de cette petite fille, qui t’était jusque là inconnue et indifférente, et qui le redeviendrait passées les effusions, était plus importante que la tienne propre.  » Thierry a un moment de silence, me regarde très surpris et finit par dire simplement : « Oui, peut-être, mais je ne m’en suis pas vraiment rendu compte sur le moment, je n’ai pas du tout pensé à ça, la seule chose qui m’a traversé l’esprit était que je ne pourrais plus me regarder dans la glace... la honte, si je ne faisais rien. » Et puis, dans le silence absolu de la classe, ce quasi-murmure : « C’était autant pour moi que pour elle... »

    C’est ici le moment éthique : l’autre, radicalement autre, singulier, différent et indifférent, est un autre moi-même. C’est le moment, fondateur du droit, qui enracine l’espoir que les libertés puissent s’articuler et non se heurter. La « décision » que j’évoquais dans mon commentaire n’en est pas véritablement une, qui aurait été prise à l’issue d’une délibération : le geste ici n’est pas « réfléchi », il confine à un réflexe quasi-instinctuel.

    Qu’est-ce qui a manqué dans l’éducation, dans l’humanisation même, des tueurs qui leur a barré l’acquisition de ce « réflexe » ? Peut-être se sont-ils entendus dire par les adultes que leur liberté s’arrêtait là où commençait celle d’autrui ? Que, dans les frictions aux frontières des territoires – matériels et idéologiques, individuels et collectifs –, pour grandir et étendre le champ de sa liberté, l’important est de devenir et rester le plus fort ? La racine de la violence se cache dans cette banale et meurtrière maxime que nos impuissances infligent aux enfants. Toute éducation en passe par l’apprentissage vécu de ce que ma liberté commence au moment où commence celle de l’autre. Heureusement que les enfants n’écoutent pas toujours les bêtises des adultes, ou que, même s’ils s’y laissent prendre, tous ne poussent pas ces logiques de mort aux extrémités que nous venons de vivre en cette nuit de novembre 2015.

    Bernard Defrance

    Rappel

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    Je commence par ailleurs à archiver ici-même cette lettre : voyez colonne gauche de cette page d’accueil. L’archivage commence au 1er octobre 2012.

    Vous pouvez retrouver les archives de l’ancien site dans les rubriques à gauche : principalement tous mes articles publiés en téléchargement libre : cliquez sur les chiffres "0" ou "10" en bas de page pour accéder aux textes archivés.


    Photo : Bruno Defrance, 2000


    Pensées du mois, en vrac ...

    S’il n’y avait pas d’homme que la philosophie ennuie, le philosophe mourrait d’ennui lui-même.

    Éric Weil.


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